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Tiaret -SDF, ces êtres figés au miroir de l’acte et du silence

6 octobre 2010

M. Zouaoui

À Tiaret, comme ailleurs, il est des situations stressantes, traumatisantes et indescriptibles qui chamboulent le cours naturel du vécu de certaines franges de la société, notamment les SDF, ces êtres qui, pour un mobile ou un autre, sont perpétuellement figés au miroir de l’acte et du silence. Une réalité amère qui donne souvent des frissons et qui interpelle, aujourd’hui, la société en général, et les pouvoirs publics, en particulier, à intervenir en urgence afin de leur redonner leur identité en instaurant un espace de confiance et de sécurité.

En un mot, il s’agit d’un phénomène qui a dépassé tout raisonnement et dont la dimension se veut criarde et indéniablement subordonnée à un risque de confusion et de généralisation. Ayant généralement essuyé un quelconque contrecoup, voire dislocation ou séparation du tissu familial, divorce, perte des parents ou perte de l’emploi… ces derniers, à plus ou moins brève échéance, ont trouvé leur épilogue dans la rue. Ils y vivent au jour le jour, ce qui suppose l’absence de lendemain car demain ne sera jamais l’avenir mais l’heure qui suit. Dès lors, nous proposons une sorte «d’arrêt sur image» sur un échantillon de cette calamité que nous constatons, quotidiennement de visu et dont les proportions nous obligent à tirer la sonnette d’alarme. Foudroyée par la méchanceté de son époux, Saliha, une jeune femme de 26 ans, avait quitté le domicile conjugal avec, sur les bras, son petit nourrisson. «Une sorte de télépathie existait entre moi et mes soeurs Nacera et Zohra lesquelles, voulant me consoler, ont compati à ma situation en m’accompagnant dans ma fugue», nous confiaitelle. Son aînée Zohra rétorquait d’ailleurs par le même réflexe : «L’indifférence de nos tuteurs devant le calvaire insupportable qu’endurait Saliha, ne nous laissait qu’une seule alternative, celle de la suivre dans son aventure», narrait-elle en estimant qu’une sorte de protection mutuelle les protège, en étant ensemble. Originaire d’une autre wilaya, cette jeune fille de 25 ans semble avoir perdu tous ses repères. Elle a pour nom Fatima mais elle n’est pas comme les autres. Elle est arrivée à Tiaret au mois d’octobre dernier pour sa troisième sortie de chez elle. « Digne des contes anciens, ma vie n’a plus de sens aujourd’hui », trouvait-elle à commenter, en enchaînant : « Mon calvaire avait débuté après le décès de ma mère, seconde épouse de mon père, qui fut remplacée par une femme d’une méchanceté incomparable. Lasse de subir sa loi, je dus quitter une fois la maison avant d’être accostée par des policiers qui m’avaient reconduite chez moi. Après un temps d’accalmie, le manège se reproduit et m’a poussé à tenter de me suicider en ingurgitant une quantité de comprimés, la première fois et un détergent, une seconde fois, mais le destin a voulu que je sois toujours en vie dans ce monde ingrat.» Devant une telle situation, Fatima a du fuguer une seconde fois pour passer tout un hiver dehors à méditer son destin dans les allées d’un jardin public, à Tiaret. L’ayant interrogée sur l’identité de son père, afin de pouvoir l’aider à refaire sa carte d’identité qu’elle avait perdue, Fatima eut comme un pincement au coeur et son regard s’endurcit avant de lâcher «De grâce, ne me rappelez rien de cette famille de diables.» Au demeurant, bien des sujets croient que leurs sentiments ont barre sur eux, que le comportement des autres les influence de façon déterminante et que leurs réactions ne sont pas toutes en leur pouvoir. Aussi, il est important, parfois, de réaliser que nul n’a un passé parfait et que tout le monde a connu une famille, un foyer, une éducation et des relations à problèmes. C’est le cas édifiant de Fatma, près de la quarantaine, qui avait subi tout le poids de la vie après son divorce à Oued Tolba, dans les profondeurs de Tiaret. «À la plaie occasionnée par ma répudiation du foyer conjugal s’additionnait celle de mes parents qui m’ont reniée, car, avalant mal ce statut de divorcée», devait avouer Fatima qui fut contrainte de mener une autre vie loin de ses deux filles, 14 et 16 ans, dont la garde est assurée par la grand-mère paternelle. Par ailleurs, si nous avons relaté uniquement des cas SDF au féminin, cela ne veut, en aucun cas que l’autre sexe est épargné. En parfaite connaissance du milieu, une assistante sociale opérant au sein du secteur public nous a confié que la majorité des hommes de ce rang, des jeunes pour la plupart, présentent des indices de toxicomanie et n’acceptent guère une prise en charge effective. Mais il n’en demeure pas moins que certains, fortement accoutumés à ce statut de SDF, semblent rejeter toute idée de réinsertion. «Le désespoir est un silencieux camarade qui n’accompagne pas les pseudos malheureux bavards et encore moins les faibles qui pensent se suicider au lieu de lutter», devait commenter Mohamed, un jeune homme de 35 ans, venu d’ailleurs pour élire domicile dans un taudis au sein d’un quartier populeux, dans la périphérie sud de Tiaret. Et d’enchaîner «Pour moi, la lutte continuera, ainsi, jusqu’à ce que j’aie rencontré la mort au rendez-vous fixé par Dieu car je n’ai rien et personne dans ce monde cruel et ingrat». Ce dernier semble s’enraciner davantage dans ce train de vie qui lui dictait de faire la manche durant la journée avant de rejoindre son gîte de fortune, pour la nuit. M. Zouaoui

Mercredi 6 octobre 2010 – www.lecourrier-dalgerie.com – N°2007 – 7e année

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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