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Mme Julia Berque se confie au Journal

8 décembre 2010

3.Non classé

Mme Julia Berque se confie au Journal

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Mme Julia Berque se confie au Journal  julia

Jacques Berque, l’Algérien

  Interview par  SARAH Roufs

 Le Quotidien d’Oran: Madame Berque, vous serez à nouveau, ce week-end, de retour à Frenda, quatre mois après avoir assisté à l’inauguration de la Bibliothèque Jacques Berque.

Julia Berque: Cette fois-ci, j’y serai pour les besoins d’organisation d’un hommage à Jacques Berque par ses amis. Les dates choisies -5 et 6 juin- l’ont été à dessein. Elles coïncident, à un jour près, avec le 94ème anniversaire de sa naissance. De nombreux participants algériens et français y seront de la partie dont mes invités personnels. Au rang desquels MM. Boualem Bessaieh,  et Ahmed Taleb Ibrahimi, des intimes et amis de toujours de Jacques, des hommes plus que jamais attachés à la diffusion de sa pensée. Il y aura aussi M. Jean-Pierre Chevènement, dont je ne saluerai jamais assez le rôle capital dans la préservation des archives personnelles de mon mari. Autres présents: Jean Sur, un ami du défunt et spécialiste de la dimension sociologique de son oeuvre, l’homme de lettres Adonis que Jacques avait connu, tout jeune homme, au début des années cinquante et Azzeddine Zalani, qui s’est beaucoup investi dans la préparation de l’hommage.

Le Quotidien d’Oran: Cette rencontre autour de la figure de Jacques Berque est une première.

Julia Berque: C’est la première du genre en Algérie. J’y tenais énormément pour la simple et bonne raison que mon mari avait à coeur ce pays. Il se sentait à moitié Algérien, à moitié Français. Les deux pays avaient une égale importance à ses yeux. L’hommage, auquel a beaucoup contribué la ministre de la Culture et sa chef de cabinet, aura lieu en deux séquences. Une première à Alger sous forme d’interventions de la part des amis de Berque et une seconde à Frenda, ville à laquelle il vouait un attachement charnel et dont il avait fait un élément constitutif de son imaginaire. Je voulais absolument que ses habitants soient partie prenante dans cette commémoration.

 Le Quotidien d’Oran:  Une commémoration qui est au centre de tout un programme dédié à la mémoire et à la pensée de Jacques Berque.

Julia Berque: Absolument. En janvier dernier, il y a eu l’inauguration par le Président Bouteflika de la Bibliothèque Jacques Berque à Frenda, une annexe de la Bibliothèque nationale d’Algérie. L’établissement a été créé à partir d’un premier fonds d’un millier de livres provenant de la Bibliothèque personnelle de Jacques Berque. C’est un don de la famille Berque conformément à la volonté du défunt. L’hommage de samedi et dimanche n’est qu’un jalon, parmi d’autres, d’un vaste programme.

 En juin 2005, dixième anniversaire de la mort du penseur, nous organiserons, avec le concours de l’Université d’Alger et du CRASC d’Oran, un colloque international à vocation scientifique. Des spécialistes viendront d’horizons divers pour débattre de l’oeuvre et de la pensée de Jacques Berque. Il s’agira d’une étape décisive dans le processus de mise sur pied du «Centre international Jacques Berque à Frenda». Ça sera une institution dédiée à la recherche et au travail académique.

 Un cadre opportun pour l’étude de son oeuvre dans ses multiples dimensions, l’approfondissement et la mise en perspective des questions et problématiques traitées par Jacques, tout au long de sa trajectoire. Entre autres ambitions qui nous tiennent à coeur, l’impulsion au travers du centre, de travaux et de recherches scientifiques de nature à assurer une diffusion de l’oeuvre de Berque. Famille et amis du défunt tiennent absolument à ce projet.

  Le Quotidien d’Oran: Comme il tenait lui-même à faire quelque chose pour sa ville.

Julia Berque: Tout à fait. Cette somme d’initiatives est l’expression de la volonté clairement exprimée par Jacques. De son vivant, il voulait créer un centre de recherche à Frenda au nom de son père, Augustin, et en son nom. Il y voyait une manière de désenclaver -par la science et la culture- la cité où il était arrivé à l’âge d’un an, d’en faire un lieu connu. Il se considérait comme un citoyen à part entière de Frenda. C’est tellement vrai que, chaque fois qu’on voyageait en Algérie, il ne résistait pas à l’envie d’y faire le déplacement.

 A la naissance de notre fils Julien en 1971, Jacques tenait à lui faire visiter la ville et à le présenter aux anciens. Le nouveau-né avait reçu comme cadeau le burnous de Sidi Khaled, le cheikh de la zaouïa. C’est vous dire, au travers de cette précision anecdotique, l’affection qu’il avait pour sa ville.

Chapelet

Le chapelet offert par le cheikh de la zaouïa de Sidi Khaled

dans la main de Julien Berque : Souvenirs et symboles 

Frenda, c’est, tout de même, une cité d’histoire jalonnée de références: Ibn Khaldoun et la Muqadimma, des vestiges berbères, romaines. Nombre de figures constitutives de l’histoire de l’Algérie et du Maghreb y sont nées ou y avaient vécu. On en parle très peu. D’où l’idée de Jacques Berque d’y jeter les bases d’un centre destiné à offrir quelque chose de captivant pour la ville de son enfance. Inutile de vous rappeler à quel point cette idée, née dans les années 1992-93 le tenait beaucoup à coeur. Mais, au fond, il savait que la situation de l’époque n’était pas propice à sa mise en oeuvre.

  Le Quotidien d’Oran: Berque meurt en juin 1995. Au plus fort de votre deuil, aviez-vous douté du sort du projet?

Julia Berque: Je ne me suis jamais résignée à cette éventualité. Même au plus fort de mon deuil, j’étais plus que jamais attachée au projet de centre Berque à Frenda. Il était hors de question que je m’en décharge pour une raison ou une autre. En aucun cas, je ne voulais voir s’envoler une belle idée qui a préoccupé tant mon mari durant les trois dernières années de sa vie. Un jour, j’avais sollicité les conseils de M. Bessaieh sur la manière d’agir pour mener à bien ce chantier. Peu de temps après, il m’avait écrit pour m’annoncer le projet de création d’un Centre Jacques Berque. C’est, dans ce contexte, que je suis partie en 1999 à Frenda, ville dont je me sens, moi aussi, citoyenne. Depuis, les choses avancent. En janvier dernier, j’y suis repartie dans le cadre de l’inauguration de la Bibliothèque Berque par le Président A. Bouteflika. C’était un premier temps fort vers la mise en place du Centre international.

  Le Quotidien d’Oran: Un centre dont les chercheurs bénéficieront du fonds livresque que vous avez offert à la Bibliothèque, récemment inaugurée.

Julia Berque: Conséquence de la volonté de Jacques, un premier fonds documentaire a été remis aux autorités algériennes le 7 mars 2000. Il s’agit de 383 livres en français, 482 livres en arabe et 10 manuscrits provenant de sa bibliothèque personnelle et touchant au monde arabo – musulman. Une dizaine de titres lui ont été dédicacés par leurs auteurs respectifs. Mon mari était impatient à l’idée de les voir bénéficier à la ville de Frenda. Ils y sont désormais à la portée du public et au profit des chercheurs de tous horizons: des sociologues, anthropologues, islamologues, historiens intéressés par les sujets chers à Jacques Berque et désireux de diffuser sa pensée.  

 Le Quotidien d’Oran: Votre mari a également laissé un gisement archivistique.

Julia Berque: Outre les livres, Jacques a, en effet, légué un important fonds documentaire. A sa mort, j’avais quitté notre maison familiale dans le sud de la France. S’était posée, alors, la question de savoir ce qu’il allait advenir des archives déposées, en vrac, dans un grenier avec tout ce que cela signifie comme risques de disparition. J’avais demandé l’aide de Jean-Pierre Chevènement. Sans hésiter, il m’avait proposé de les prendre en charge à Belfort, dont il était le maire. Au terme d’un travail d’inventaire et d’une mise en ordre, elles ont été transférées aux archives municipales de la ville. Elles sont à présent indexées et microfilmées. On y trouve beaucoup de choses dont d’innombrables petites fiches, des notes, que mon mari préparaient pour animer ses conférences. En tout, seize mètres linéaires de documents divers. Ils sont, vous en conviendrez, des ressources d’un indéniable intérêt documentaire. A ces pièces, s’ajoutent des archives de mon beau-père qu’on a retrouvées, par hasard, dans la maison familiale.  

 Le Quotidien d’Oran: Vous y attachez, j’imagine, un grand intérêt scientifique.

 Julia Berque: Mon souhait est de voir les deux villes, Frenda et Belfort, associées dans le partage en commun de ce patrimoine archivistique. Je souhaite qu’il y ait, dans le cadre d’une coopération féconde, des regards croisés. Il appartient aux municipalités -et je l’ai dit- d’engager une discussion, de se mettre d’accord sur la meilleure manière de préserver ce fonds et d’en faire le meilleur usage scientifique qui soit. J’ai fait ce qu’il fallait faire: sauvegarder les archives de Jacques Berque et mettre les deux villes en contact. A elles de définir un cadre de coopération qui, volonté du défunt oblige, doit profiter à fond à Frenda et aux chercheurs du Centre international Jacques Berque. Dans ces archives manuscrites, il n’y pas, malheureusement, toute l’oeuvre de Berque. On y trouve toutes les archives depuis notre rencontre en 1969, dont les quatre versions de la traduction du Coran que j’ai, moi-même, tapées. En revanche, les documents antérieures à cette date sont parcellaires. Une partie, composée, entre autres, de correspondances, s’est perdue. Cet état de fait a affecté mon mari. 

 Le Quotidien d’Oran: Comme a dû l’affecter la crise algérienne et la situation générale du monde arabe.

Julia Berque: D’après ce que j’ai personnellement compris, les cinq dernières années de sa vie, il était trop peiné, non seulement par la situation en Algérie mais également par l’état des lieux dans tout le monde arabe. Son premier infarctus date de la première guerre du Golfe. Même s’il n’approuvait pas la nature du régime de Saddam Hussein, le 15 janvier 1991, il était horrifié par la débauche de puissance, la coalition engagée contre l’Irak, une coalition plus importante que celle mise en branle contre l’Allemagne nazie. Je me rappelle d’une de ses phrases de l’époque: il disait: «jusqu’à présent, j’étais pessimiste à court terme et optimisme sur le long terme. Désormais, je suis pessimisme pour l’avenir».

Il en voulait pour argument la situation générale du monde arabe, une situation horrible, selon son propre terme. Les guerres, disait-il, n’arrangent rien, de même que les modèles imposés de l’extérieur. Dans ses multiples débats, il ne cessait pas de critiquer une telle approche. «On ne peut, disait-il, pas plaquer des modèles occidentaux à des sociétés qui ont connu une évolution tout à fait différente. Il est impensable d’exiger du monde arabe, en quelques décennies, une transformation qui a mis 200 ans à se dessiner en Occident».  

Le Quotidien d’Oran: Imaginons s’il était de ce monde dans le contexte actuel, avec la deuxième guerre d’Irak, l’aggravation de la situation proche orientale, la montée des désordres. Quelle aurait été son état d’esprit?

Julia Berque: Profondément blessé par la situation de 1991, il n’a pas décoléré jusqu’à sa disparition. Avec la guerre contre l’Irak et la situation actuelle, il en serait mort. Dans ses constats, un propos revenait comme un leitmotiv: «il y a trop d’iniquité contre les Arabes». 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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