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ÉVOCATION Il y a 151 ans, la bataille de Sidi-Lazreg

17 mai 2012

Courrier d'Algérie

Véritable carrefour économique, en raison de sa position géographique, Rahouia sert de relais entre les grandes villes de l’Oranie, voire Tiaret, Oran et Mostaganem, via Relizane et Tiaret-Mascara, grâce, respectivement, aux RN 23 et 91. Elle a de tous temps été condamnée à se développer pour être le catalyseur d’une dynamique économique de la région, à vocation céréalière

Aujourd’hui, le devoir de mémoire nous interpelle de revivre son histoire profonde, notamment la bataille de Sidi- Lazreg Belhadj qui est marquée par l’incommensurable victoire du 21 mai 1861. S’étendant, en effet, sur une superficie vaste de 27 554 ha pour une population de près de 25 000 habitants, selon les statistiques arrêtées à l’issue du dernier recensement général de la population et de l’habitat, l’ex-Montgolfier jouit, aujourd’hui, près d’un siècle de son existence, sachant qu’elle a été édifiée en 1906 par l’administration coloniale qui avait misé sur cette région, alors inculte pour situer ce village entre Zemmora et Tiaret et qui deviendra par la suite, et durant de longues années, la cité des vétérans et de gros propriétaires terriens venus du Var et de la vallée du Rhône. Le nom arabe de l’emplacement choisi était Rahouia, appellation jugée relativement judicieuse dans la mesure où il s’agit d’une altération lexicale qui vint de «R’ha» signifiant moulin aborigène composé de deux meules coniques fabriquées à base de grès, dont une carrière y existait et probablement exploitée depuis les temps les plus reculés. L’empreinte de ce rocard, dont on rencontre tant d’exemplaires à travers plusieurs contrées du pays et auquel les romains attachaient, jadis, les esclaves aux yeux crevés, que le grand poète Plaute tourna, à en croire la légende, lui-même, pendant deux longues années, est une preuve incontournable que cette région soit oblitérée par un passé protohistorique. Pour mieux situer son i m p o r t a n c e , l’importance de son rôle du passé, du présent et à venir, un bref aperçu sur son histoire peut seul mesurer le chemin parcouru. Cependant, dès l’occupation, la fameuse «paix française» prônée par l’occupant ne fit qu’un mirage car les Français durent être confrontés à une résistance misanthrope de la population autochtone. Dans le souci de relater une approche à la réalité historique de Rahouia, un recul vers le 18e siècle nous serait inconditionnel (1) : Quelques années après leur atterrissage sur le sol algérien, les troupes françaises, dirigées par les Bugeaud, Lamoricière et autre Pélissier se trouvèrent, dès 1840, aux prises avec les tribus des Flittas (2) inapprivoisables à un quelconque expansionnisme. Après une décennie insoumission caractérisée, ces dernières furent contraintes, par faute de moyens, à solliciter l’aman. Cette demande peut, en quelque sorte, être assimilée à un mot d’ordre malicieusement calculé puisque au début de l’année 1864 éclata l’insurrection des Ouled Sidi Chikh, dans le sud de l’Oranie et à laquelle les Flittas ne surent rester passifs. L’officialisation de ladite révolte ne tarda pas, ainsi, à venir dans la mesure où, à la fin du mois d’avril de cette même année, le colonel Lapasset, entouré de 800 hommes, quitta Relizane pour venir s’installer près du Bordj de Zemmora et contrôler, rigoureusement, les Flittas qui paraissaient comminatoires. Ce même colonel, accompagné d’une petite colonne, réussit même à atteindre Tiaret. Mais à son retour, on lui fit apprendre une nouvelle des plus sombres en la révolte provoquée par Sidi-Lazreg qui fut admirablement soutenue par seize tribus, sur les dix-neuf que comptent les Flittas, et qui le proclamèrent Sultan en s’engageant dans une lutte solidaire afin de refouler les Français de leurs terres. Après un assaut inopiné contre lui, Lapasset rejoint difficilement Relizane sauvant, ainsi, non sans peine, ses deux bataillons. Ce moment fut propice à Sidi-Lazreg qui ne perdit pas de temps pour cerner en personne, le 14 mai, le Bordj de Zemmora, dont les occupants purent, quand même, tenir en échec les forces des Flittas durant un jour et demi. Le colonel s’est, ainsi, résolu à revenir avec des tirailleurs pour porter secours aux combattants. Quant à notre Sultan qui n’a pu digérer cet affront, il regagna la montagne, décidé plus que jamais à porter un grand coup en renforçant ses rangs par les tribus hétérodoxes. C’est alors qu’il songea à s’emparer du Bordj de Rahouia où se trouvaient, presque sans munitions, cinq cavaliers de la remonte avec leur maréchal des logis, deux gendarmes et trois caïds auxquels se joignirent Arnould et sa femme, ainsi que les locataires des terres qui en dépendaient, sommés par leur tutelle de s’enfermer dans le blokhaus jusqu’à apaisement de la situation.Ainsi, la joie qui trouva, suite à cet événement, tout son paroxysme au sein des populations indigènes de Béni- Louma, Ouled-Rached et Ouled-Barket, mit à équivoque la sécurité du colonel Gerez qui se trouvait dans sa tente à Aïn- Tinn et qui n’avait d’autre solution que de fuir à Tiaret. Ce dernier, après avoir pris le soin de mettre à l’abri sa femme et ses enfants, alerta le commandant de la place, quant à une éventuelle attaque du Bordj de Rahouia par les hommes de Sidi-Lazreg. L’écho de cette nouvelle ne fit que plonger l’officier, dirigeant la redoute de Tiaret, dans une situation ambiguë car se trouvant dans l’impossibilité d’apporter une quelconque intervention car une insurrection, venant du Sud (Ouled-Sid-Chikh), pourrait avoir lieu d’un moment à l’autre. De ce fait, après un moment de réflexion, il dépêcha un Caïd porteur d’un message à l’adresse des soldats du Bordj de Rahouia par lequel il leur fut ordonné de rejoindre Tiaret. Ayant parcouru les quarante kilomètres au galop ininterrompu, le messager remet la lettre au Maréchal du logis qui, après avoir pris connaissance du conteur à haute voix devant ses hommes, les gendarmes et les Caïds rassemblés, se tourne vers son porteur lui signifiant son refus d’obtempérer. «Ce n’est pas possible», lui dira-t-il. «Tu repars tout de suite et tu diras au commandant que nous sommes, ici, par ordre du Colonel Lapasset de Relizane et que nous ne pourrons en sortir que par son ordre. Nous résisterons jusqu’à la mort». Stupéfait par cette réponse, le Caïd reprend aussitôt le chemin de Tiaret portant au Commandant le refus du Maréchal des logis. Toutefois, à la redoute, on savait que le Bordj avait peu de munitions et le commandant de la place, confiant en de tels hommes, quitte un instant le Caïd avant de réapparaître peu de temps après pour lui donner trois cent cartouches qu’il devait remettre immédiatement aux soldats. Ainsi, pour la troisième fois, le caïd refit au grand trot la distance qui sépare la redoute du Bordj, mais, cette fois-ci, le massif portail ne s’ouvrira pas devant lui car, entre-temps, les soldats s’arrangèrent à user du maximum de vigilance et de précautions. Devant ce dernier, il fila les cartouches à travers une meurtrière à ceux qui allaient mourir avant de reprendre, tout pensif, la route vers Tiaret. Pendant que s’effectuait ce va-et-vient du Caïd entre Rahouia et Tiaret, Lapasset avait appris, par des espions à Relizane, que le caravansérail se trouvait en face d’un grand danger. Mais, malheureusement pour lui, à l’impossibilité de ravitailler un poste situé à cinquante- sept kilomètres, s’ajoute la faiblesse de l’effectif, dont il disposait pour accomplir sa mission de couvrir Relizane. Néanmoins, il devait à tout prix se débrouiller pour sauver le Bordj. C’est ainsi que, n’ayant pas trouvé de complicité en ses goumiers qui ne répondirent pas à son appel, il choisit six bons tirailleurs qui connaissent bien la région, leur donne des burnous, des chevaux et cent cartouches chacun. Ces derniers quittèrent Relizane le 20 mai au coucher du soleil, après avoir lancé un dernier adieu à leurs compagnons, pour atteindre Rahouia le 21 au point du jour et s’enfermèrent à l’intérieur du fortin avec ceux qui s’y trouvaient déjà et l’attaque commença presque aussitôt. Le caravansérail fut, ainsi, entouré de trois à quatre mille Arabes qui tentèrent d’escalader les hautes murailles d’enceinte. Mais les assiégés, tirant dans cette masse humaine, mirent hors de combat un grand nombre d’entre eux. Vers le soir, visant une certaine ruse, nos guerriers allumèrent d’immenses feux de paille humide sous les balles coloniales et, à la faveur de la fumée, ils percèrent dans le mur quatre brèches par où ils firent irruption… La rage au coeur, les soldats français grillèrent leurs dernières cartouches avant de se faire massacrer, décapiter et mutiler. La dernière à subir le châtiment fut Madame Arnould, dont les entrailles, encore fumantes, furent jetées contre le mur. Ainsi prit fin cette première révolution que certains hommes de lettre appelèrent fièrement et dignement «les Héros de Rahouia». Par ailleurs et en dépit des révolutions successives qui ont harcelé notre mèrepatrie pour la rendre prisonnière de plus d’un siècle de colonialisme, il est évident que ses enfants n’ont laissé aucun répit au colonisateur français jusqu’au 1er Novembre 1954 quand s’annonça la lutte armée. Ils se rangèrent sous l’étendard du Front de libération nationale et menèrent avec héroïsme et détermination la guerre de Libération nationale jusqu’à l’indépendance. Qu’il nous suffise, aujourd’hui, à Rahouia, d’évoquer ces symboles de l’apport de cette liberté, ceux comme les regrettés Bouali AEK dit Hamza, Boukhetache Bouziane, Med, Benkehil Abdelkader Benamara Djillali alias Haroun, pour ne citer que ceux-là car la liste n’est que très longue, où les K’rour Adda, Gacem Kaddour, et le tout jeune de l’époque Benouidren Nourredine qui sont toujours en vie. En outre, il convient aujourd’hui de préciser que l’indépendance, qui fut le point de départ de cette communauté vers la renaissance et le progrès, nous ordonne d’élucider les moyens de son épanouissement et les facteurs de son renouveau. Car l’histoire se répète et si des gens versatiles l’ont conduite à la décadence, il demeure que la liberté et son développement ne dépendent que d’elle-même, à condition que soit authentique la détermination et forte la volonté. Cette liberté et son évolution sont autant un héritage commun que le fruit d’un effort collectif, mais si cela enregistre, pour chacun de nous la pierre de son apport, elle sanctionne, le cas échéant, sa paresse et sa négligence, tant il est évident que quiconque se néglige est négligé et perd son pari ! Donc, il nous est nécessaire de consulter cette richesse et de jeter un regard investigateur sur le monde actuel, afin de rappeler et de situer le rôle de chacun à l’égard de soi-même et de la nation en ce qui concerne aussi bien les problèmes de l’heure que les perspectives d’avenir. En somme, ce passé est, peut-on prétendre à présent, un monde immense, dont l’immobilité superficielle cache des profondeurs où le destin s’agite encore. C’est une dalle plus ou moins épaisse, un peu de terre ou simplement un peu d’oubli qui s’étend sur des racines pleines de sèves alimentant le présent et faisant fermenter l’avenir. M. Zouaoui (1) Source d’informations : Les Héros de la Rahouia de Geneviève de Ternant. (2) La communauté des Flittas est répartie à travers 15 communes : Sidi-M’hamed Benaouda, Relizane, Aïn-Er-Rahma, Knancha, Meriema, Zemmora, Béni- Derguène, Mendes, Oued-es-Salem, Sidi-Lazreg, Dar-Ben-Abdellah, El- Menaouer, Djilali Ben Amar, Oued- El-Abtal, Rahouia.

Courrier d'Algérie
Quotidien national d’information - Prix Algérie 10 DA - France 1 euro
Mercredi 16 mai 2012 - www.lecourrier-dalgerie.com - N°2495 - 9e année

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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