Le Laboureur et ses enfants
Un pauvre laboureur, sentant sa mort prochainei fit venir ses enfants, leur parla sans témoin.
— Ayez soin, leur dit-il, de vendre l’héritage que nous ont laissé nos parents.
L’ainé des fils voulut protester, Mais le père insista.-
— Oui, mon gars, vendez i« bien. C’est le dernier conseil que je vous donne et je le crois bon.
— Vous en avez pourtant-voulu à notre fière Désiré d’être allé travailler à la ville .
— J’ai eu tort .. Faites comme lui
Et le dialogue, écrit M. Clément
Vautel, dans le Journal, de continuer.
Le père;
. —Désiré* mais il était déjà ben plus
heureux que vous, et c’est maintenant
qu’il va se la couler douce ! Qu’est ce
qui vous eoefêche de faire comme lui ?
Quand je pense que vous seriez assez
sots de rester des psysans, des cro-
quants, des cuis-terreux, comme il
nous a dit, le Désiré, quand il est re-
venu pour la fête du pays.. Ah ! non,
c’est assez que j’ai mené pendant soi-
xante auâ — j’ai commencé jeune —
cette existence-!à : creuser, fouiller,
bêcher, né laisser nulle place où la
main ne passe et ne repasse. Faut pas
de ça pour vous autres !
— C’est vous, not’père, qui parlez
ainsi ? Qu’est-ce qui vous a mis ces
idées là en tête ?
•—D’abord, c’est ce que m’a dit Dé-
siré…
— Oui, il nous a raconté qu’il ss faisait de bonnes journées à l’usine qu’il ne travaillait que huit heures par jour,qu’il était syndiqué… Lorsque le patton ne marche pas droit, on se met en grève sur
le tas avec tes camarades et.comme ça, l’affaire est bien vite réglée l
— C’était déjà pas mal, coalise vous
voyez… Maintenant, c’est encore ben
mieux, J’ai la dans le journal que la
semaine de travail, à la ville, n’était
plus que dé quarante heures. Le same-
di et le lundi, sans parler du diman-
che, on se repose. Du vrai repos, sans
tintoia. . S’il pleut trop, on va voir
les inondations, et s’il tait trop ;ee,
on ne se plaint pas non plus : bon
temps puor aller se balader. Le pau-
vre paysan, lui, il né se reposa jamais
et ii tremble pour sa moisson… Mais,
sa moisson, quauû ii l’a faite, ii n’arri-
ve pas à la v.indre. Pour lui, y a ben
plus de peine que de plaisir ! A la vil
ie, on fait son petit travail, au ralenti,
comme dit Désiré, et la paie tombe
toujours… Même quand on ne travaille
pas, puisqu’un prend des vacances aux
frais du patron 1
— Pour sur, c’est une autre vie que
la nôtre… Et il y a le cinéma I
— Désiré m*a dit que ce n’était qu’un
commencement.. Paraît que plus ça
ira, plus les travailleurs cotsme lui se-
ront les maîtres. C’est mai que dans le
journal aussi… Il n’est pas du iont
question des travailleurs commentas.
C’est pas des vrais damnés de la terre
que s’occupe le gouvernement. Ncus9
notre lot, c’est de reteurner noire |
champ, deçà, delà, partout, mais an I
bout de l’an, il n’en rapporté pas da- |
vaatage. Allez donc à la viiie, cou me I
votre frère et comme les autres gars f
da pays. » » |
m Ainsi parla le laboureur à ses en- s
fants. Il est mort, la, semaine dernière J
et déjà ses deux fils, ayant mis la fer- I
me en vente, ont fait une demande |
pour entrer dans les « Chemins de f

















































14 août 2012
Echo de Tiaret Colonial