Donc, après «l’essorage» du Ramadhan et de l’Aïd suivi, une encablure plus loin, par «l’étau» de la rentrée scolaire, la ménagère n’a pas eu le temps d’attendre l’autre Aïd pour mettre déjà un genou et demi par terre. Que dire alors de ceux qui seront obligés de faire l’impasse sur une fête à la charge symbolique des plus fortes chez la famille algérienne. Il n’y avait pas grand monde tôt dans la matinée de ce lundi au marché à bestiaux de Tiaret. «Les gens n’ont plus d’argent, ils ont appris à compter leurs sous», nous serine à l’oreille un maquignon, venu de Aîn Dheb. Mais si, en effet, le cheptel est si profus au point de donner l’illusion «cruelle» que l’on peut acheter une bête moyennant une poignée de dinars, les prix donnent le tournis au plus averti des arcanes des «choses de la terre».
Par un temps estival, un homme au sourire nerveux, veut à tout prix faire la surprise à ses enfants dont le cadet vient de faire sa rentrée à l’école. Abordant avec un sourire feint un maquignon aux mains démesurément grandes, il s’évertue à marchander une bête à fière allure. Après moult palabres et suppliques, le digne père de famille finit par pousser un gros soupir avant de consentir à casquer la modique somme de vingt-huit mille dinars, «un sacrifice qui ne vaut pas son pesant de viande», trouve-t-il le moyen de plaisanter. Dans ce véritable capharnaüm qu’est le marché à bestiaux de Tiaret, les moutons sont agglutinés par pelotons entiers mais les prix continuaient à monter jusqu’à donner la nausée à quelques bouchers, révulsés à l’idée de rentrer bredouille. Une vigoureuse bête encornée «tenue en laisse», un maquignon, le regard vif, cligne de l’œil dans toutes les directions à la recherche d’un client qui ne viendra sans doute pas et pour cause, la bête d’une quarantaine de kilogrammes, à l’allure «accrocheuse», vaut un prix «fou» puisque son «proprio» ne veut pas la céder à moins de 45000 dinars cash.
La loi du plus malin !
«Depuis l’été dernier, en achetant des moutons sur pieds pour les revendre au détail, j’arrive même pas à couvrir mes frais», se plaint notre interlocuteur. «Même les abats, le bouzelouf ou encore la peau de mouton ne trouvent plus preneur, ce qui grève dangereusement nos charges au point que la majorité des bouchers sur la place de Tiaret travaillent à perte», ajoute-t-il, le regard fuyant, comme pour éviter des esses accrochés au plafond désespérément vides. Après un Ramadhan «ruineux», suivi dans la foulée par une rentrée scolaire tout aussi «essoreuse», la priorité de la ménagère est de faire plus attention à ses sous, même si elle est disposée à recevoir un… autre coup de corne à son porte-monnaie en sacrifiant à un rite quasi inévitable, quoi qu’il en coûte. Et même si le poulet a perdu quelques plumes pour (re) tomber dans le plat du consommateur, nombreux sont ceux qui n’ont pas goûté à un traître morceau de viande «ghalmi» depuis plus d’une année… Vendredi encore, au marché des fruits et légumes de «Volani», le prix de la viande ovine avait largement franchi la barre «fatidique» des huit cents dinars le kilogramme, un avant-goût des plus amères de ce que sera la fête de tous les soucis.
Même si, pour ce boucher d’un certain âge, assis sur un tabouret déglingué au marché couvert de la ville, à attendre un improbable client, on ne peut jamais avoir la peau de l’ours sans l’avoir tué…Cette année encore, les éleveurs craignent la blue tongue, plus connue sous le nom de fièvre catarrhale. Maladie virale transmise par des moucherons piqueurs, la fièvre catarrhale touche les ruminants d’élevage, les moutons notamment. Les symptômes de la maladie se caractérisent par une salivation excessive, la destruction des muqueuses du museau, une langue enflée et colorée de bleu, fatigue générale et manque d’appétit.


















































1 octobre 2013
AIN DEHEB, ECONOMIE -Industrie, El -HOUARI Dilmi, Quotidien D-Oran (Le ), Sougueur, Tiaret